Lauréates La Chartreuse 2016

LAURÉATES LA CHARTREUSE 2016
Posted on 28 mai 2015 by user
Au terme d’un nouvel appel à candidature relatif aux bourses de résidence octroyées à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon par le Service de la Promotion des Lettres du Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles et Wallonie-Bruxelles International, les candidatures suivantes ont été retenues par les membres du Comité Mixte, Présidé par Monsieur Daniel Girard et dont le secrétariat est assuré par l’Agence WBT/D, Stéphanie Pécourt.

Bourse pluridisciplinaire :

Camille Panza

Née en 1989, originaire de Metz, elle étudie au conservatoire d’Art dramatique de Nancy. Elle a étudié à Florence dans le cadre du programme ERASMUS durant un an qui lui a permis d’obtenir sa licence de lettres modernes et d’histoire de l’art à l’Université de Nancy. En Italie, durant l’année 2009, elle a participé à des stages de théâtre sur la Commedia dell’arte où elle fit la connaissance de la compagnie Zaches teatro avec qui elle a collaboré pour des laboratoires de danse. Elle a joué dans Le pont de pierre (Il ponte di pietra) de Daniel Denis à l’occasion du festival franco-italien Face à face, et Lo sguardo di Beckett produit par la compagnie Krypton mis en scène par Giancarlo Cauteruccio, dans Più colori del grigio avec la compagnie Giallo mare et dans Der Untergang: la caduta del muro de Stefano Massini. Elle a également par- ticipé à Le supplicanti d’Eschile à Siracuse organisé par l’INDA (Institut National du Drame Antique) à l’occasion du 45ème cycle de représentations de tragédie antique. Elle a travaillée en 2009 au Grand Théâtre de le ville de Luxembourg en tant que coordinatrice technique. A Bruxelles, elle a été assistante à la mise en scène pour le spectacle Weltanschauung de Clément Thirion et Gwen Berrou réalisé au Centre de recherches théâtrales de L’L. En 2014, elle monte le spectacle Quelques rêves oubliées d’Oriza Hirata. En novembre 2014, elle obtient son master en Théâtre et Technique de Communication e production option mise en scène à l’INSAS avec une mémoire sur la production alternative de projet hybride. Elle est comédienne et à l’initiative d’un projet franco-italien note pour une langue européenne ou le prince malheureux en partenariat avec Alessio Martinoli de la compagnie teatro Bô qui a eu sa première résidence de travail en janvier 2015 à la Fabrique de Théâtre de Mons et qui va se poursuvre à San Gimignano en Toscane en juillet 2015.

Bourse d’auteurs

Yvain Juillard

Acteur formé à l’INSAS à Bruxelles (2003-2007) et auteur, Yvain Juillard est également un ancien scientifique spécialisé dans la plasticité cérébrale : Master de Biophysique et Magistère européen en Biologie intégrative (1998-2003). Sur scène (théâtre et danse), il joue sous la direction de Yoshi Oïda, Michel Dezoteux, Philippe Sireuil, Jean-Baptiste Sastre (Festival Avignon IN 2010), Nicole Mossoux et Patrick Bonté, Lorent Wanson, Virginie Thirion… En 2012, il travaille avec Rafaël Spregelburd, dans le cadre du projet européen L’Ecole des Maîtres. Depuis 2011, il participe régulièrement, en Belgique et en France, aux différents ateliers de recherche que dirige Joël Pommerat, auteur et metteur en scène français pour lequel il sera interprète dans sa prochaine création 2015 (dans le cadre de Mons2015). Au cinéma, il tourne avec la jeune génération des réalisateurs belges et français : Ian Menoyot, Bernard Dresse, Camille Meynard (Tokyo Anyway ; nommé au Magritte 2015), Pamela Varela… et prête sa voix pour des fictions/documentaires radiophoniques (RTBF, France Culture). Par ailleurs, plusieurs créations et recherches personnelles l’ont amené à travailler au Bénin, au Cameroun, en Grande-Bretagne (Central School of Speech and Drama) et en France (Institut International de la Marionnette). Yvain Juillard a bénéficié d’une résidence d’écriture à La Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon, en 2013 pour le texte qu’il développe en résidence à L’L, Christophe Quelque Chose, et d’une bourse d’écriture SACD en novembre 2014 pour l’écriture de Cerebrum, le faiseur de réalités, conférence-spectacle sur le cerveau, créée en janvier 2015 au Théâtre de la Balsamine à Bruxelles.

Myriam Saduis

Myriam Saduis, de nationalité française, vit à Bruxelles. C’est lors de stages au Théâtre du Soleil, sous la direction d’Ariane Mnouchkine, qu’elle fait l’expérience décisive du théâtre. Elle étudie ensuite le théâtre à l’INSAS à Bruxelles, travaille en tant qu’actrice pendant plusieurs années, puis se tourne vers la mise en scène. Parallèlement à sa pratique artistique, elle a travaillé quinze ans en milieu psychiatrique où elle a mené des ateliers de théâtre avec des personnes en difficulté. Elle est également formée à la clinique psychanalytique. En 2000, elle réalise une première petite forme, Enorme Changement de dernière minute d’après des nouvelles de l’auteur américaine Grace Paley. En 2004, Ingmar Bergman lui accorde les droits pour Une affaire d’âme, un scénario resté inédit (Editions Cahiers du Cinéma, traduction de Vincent Fournier). Créée en 2008 au Théâtre Océan Nord, cette mise en scène constitue la première création théâtrale de ce récit de Bergman. Affaire d’âme reçoit le prix « Découverte de l’année » aux Prix belges de la critique 2009. En janvier 2012, Myriam Saduis crée La nostalgie de l’avenir d’après La Mouette d’Anton Tchekhov, dont elle signe l’adaptation et la mise en scène, au Théâtre Océan Nord. Sélectionné au Théâtre des Doms – scène belge francophone du Festival d’Avignon 2012, La nostalgie de l’avenir a tourné en France et en Belgique lors de la saison 2013-2014. Le spectacle a été primé deux fois aux Prix belges de la critique 2012 : « Prix de l’espoir féminin » pour Aline Mahaux; « Prix de la mise en scène » pour Myriam Saduis. En 2013, elle crée Protocole de relance d’après Si ce n’est plus un homme de Nicole Malinconi, au Théâtre Poème 2 à Bruxelles. En 2015 : création d’Amor Mundi d’après Hannah Arendt au Théâtre95 de Cergy-Pontoise en coproduction avec le Théâtre Océan Nord à Bruxelles. Texte de Myriam Saduis et Valérie Battaglia.
Thierry Lefèvre

PORTRAIT Thierry Lefèvre bat le pavé pour y humer le théâtre de la vie Venu à la scène par le théâtre de rue, Thierry Lefèvre aime les balades qui ébouriffent les cheveux et aèrent le coeur. Ce doux Français de 33 ans, formé à Bruxelles, s’assied le temps d’un portrait. Un voyage nommé «Conrad Detrez»

LANCION,LAURENT

Lundi 8 février 1999

PORTRAIT Thierry Lefèvre bat le pavé pour y humer le théâtre de la vie Venu à la scène par le théâtre de rue, Thierry Lefèvre aime les balades qui ébouriffent les cheveux et aèrent le coeur. Ce doux Français de 33 ans, formé à Bruxelles, s’assied le temps d’un portrait.

Avec ses cheveux noirs en pétard et ses yeux noisette, Thierry Lefèvre est assurément un comédien de grand air. Comme tout routard qui se respecte, il goûte aux larges espaces pour enrichir ses paysages intérieurs. Rien d’étonnant à ce qu’on le retrouve, sur nos planches, en compagnie de metteurs en scène férus d’intimité, comme Frédéric Dussenne ou Eric Durnez. Et quand il lui vient de fonder une troupe – Une Compagnie, en l’occurrence -, Thierry Lefèvre manifeste une même propension aux histoires subtiles et aérées.

L’acteur semble se balader avec un soleil au-dessus de la tête. Il y a de quoi. Né près de Nice, en 1965, il connaîtra jusqu’à 7 ans la lumière de l’Algérie, avant de revenir, avec sa famille, dans le sud de la France.

VOIR LE MONDE D’UN AUTRE ANGLE

Le petit Thierry aime déjà les promenades qui font grandir. J’étais un fils de mec normal, pas spécialement intéressé par la culture. Mais j’avais un ami dont le père était caméraman pour un centre régional de télévision. On le suivait dans ses reportages. C’était une autre façon de voir la vie! Chez lui, il y avait plein de matériel audiovisuel. Avec mon ami, on faisait de fausses émissions radio. C’était terrible!

Plus tard, Thierry Lefèvre saura se souvenir de ce frisson. Mais, au moment des études supérieures, une autre de ses passions l’étreint. J’ai fait deux ans d’études sportives, à Poitiers. Je voulais devenir prof de gym, pour les enfants. J’ai fait beaucoup de sport: athlétisme, saut à la perche, natation, football, handball, judo… Le problème, en sport, c’est les sportifs: la logique de la réussite, du dépassement et du fric est trop dure pour moi. J’ai abandonné. Thierry s’inscrit alors à des stages de formation vidéo et s’intéresse à l’image. Il veut retrouver le plaisir de voir la vie d’un autre oeil.

En promenant son appareil photo, le jeune homme découvre une troupe de théâtre de rue, dans une vieille usine: la Compagnie Off. Il prend des clichés, sympathise. Un jour, ils m’ont demandé de remplacer un acteur, le soir même. Mes goûts déviaient vers la scène. J’ai accepté! Un soir de 1989, Thierry vit le déclic scénique. Le spectacle s’appelait «Circus». C’était du gestuel, avec plein de musique. J’avais répété une après-midi. J’ai couru après la bande son! Mais je me suis rendu compte que c’était rigolo d’avoir peur…

Thierry Lefèvre se lie au théâtre par son versant extérieur: la rue, lieu de tous les possibles. Dehors, les espaces sont rudes, brutes, difficiles , sourit le comédien. On peut aller partout. A cause des incertitudes liées à l’instant, les répétitions ne sont pas possibles: on travaille sur les improvisations et sur l’écoute entre partenaires. J’aime la rue, où le but est d’arriver à faire voir la fleur éclose entre deux pavés. Même pour un spectacle qui exige deux grues, 350 types et une tonne de pétards, il s’agit de montrer, à partir de l’énorme, des choses infimes.

Sans renier cet amour de la rue, Thierry décide d’étudier le jeu de comédien. A 25 ans, j’étais trop âgé pour le Conservatoire de Paris. Je suis venu à Bruxelles avec un ami. Je suis entré au Conservatoire de Bruxelles. Il y suivra les cours de Pierre Laroche et de Frédéric Dussenne. Deux metteurs en scène pour qui il ne tardera pas à jouer: «Le purgatoire», avec l’un, «Elle disait dormir pour mourir» et «Titre provisoire», avec l’autre.

Je savais pourquoi j’étais là , note l’acteur. Ça faisait un moment que je me traînais. J’ai tracé! C’est le moins que l’on puisse dire. Outre ces rôles professionnels, il découvre le plaisir de sa propre compagnie, créée avec son collègue Thierry Hellin. «L’oie», du Québécois Michel-Marc Bouchard, résultera de l’examen final au Conservatoire. «Brousaille», en 1996, et «Echange clarinette», en 1998, seront composés par Eric Durnez, qui avait dirigé Thierry Lefèvre dans «L’heure du lynx». Nommée Une Compagnie, la troupe se destine au jeune public.

S’AVANCER AVEC LES MOTS JUSTES

Le travail avec les enfants me passionne , explique Thierry Lefèvre. Je me sens à l’aise avec les histoires que j’ai à leur raconter. J’ai l’impression de bien communiquer avec eux. Dans la vie de tous les jours, je redoute un peu les mots et les choses qui paraissent faciles à d’autres.

Thierry Lefèvre a la sensibilité à fleur de peau. Les projets théâtraux qu’il mène dépendent toujours de sa relation aux autres. J’ai horreur de faire des choses pour lesquelles je me sens obligé. Je suis très méfiant. La consommation du cinéma en masse et les modes m’effraient. Je suis rarement satisfait de moi et des autres. J’essaye de savoir ce qui est juste ou pas. C’est difficile, car je suis le juge… Pour méditer, Thierry s’offre de longues balades. J’aime marcher. Je regarde. Je rêve les yeux ouverts. J’apprends mes textes en déambulant. Ça représente parfois quelques kilomètres!

Le quotidien du comédien s’instaure comme un joyeux mélange. J’ai des semaines plutôt chargées: j’enseigne au Conservatoire de Mons, je prends des cours de solfège, de saxophone, de trapèze… A côté des planches fermes, la rue continue à l’attirer. Il y a peu, il coloriait en bleu son chien Nicky, pour jouer un aveugle avec la Compagnie Off. Thierry Lefèvre a ses fidélités. Au sport: il nage régulièrement. A ses amours: J’aime les câlins avec ma femme , dit-il de Laura Van Maaren, qu’il a dirigée dans «Echange clarinette». J’aime les petites choses du quotidien, aller au marché, me promener. De la France à la Belgique, Thierry Lefèvre prouve que grand air ne rime pas avec grands airs: il prend le premier et se refuse aux seconds.

LAURENT ANCION

Un voyage nommé «Conrad Detrez»

Pour la seconde fois, Thierry Lefèvre aborde les vers du Belge William Cliff. A l’instar d’«Autobiographie», en 1996, l’acteur est dirigé par Frédéric Dussenne, tandis qu’il foule la scène avec Bernard Sens. La parole du duo ne dépeint plus la vie de Cliff, mais celle d’un de ses amis: l’auteur belge Conrad Detrez.

On n’y perd pas vraiment au change. Si «Autobiographie» plongeait sa plume versifiée dans l’émotion, la douleur, l’humour et la finesse, «Conrad Detrez» nous immerge dans un flot vital, avec un même sens de la rime et de la confession.

En cent dizains aux vers de dix pieds, William Cliff narre un parcours hors norme. Né en 1937, en province de Liège, Conrad Detrez mènera sa passion religieuse, politique et humaine à travers le monde entier. Voyage en terre d’engagement…

En scène, Thierry Lefèvre et Bernard Sens ont les mots pour seule embarcation. Habits de tous les jours et scénographie réduite sont l’unique décor de vers à l’histoire complexe. «Conrad Detrez» exige une forte dose de concentration et, parfois, une oreille fine. A la clé: une terrible complicité entre les deux acteurs, joliment complémentaires, et le portrait nuancé d’un homme qui fait encore grincer la Terre.

L. A.