Eubelius

EUBELIUS(1)

 

Jean-Marc Gollier 

Associated Partner

Membre de l’équipe de droit bancaire, financier et des assurances Eubelius

 

Pourriez-vous en quelques mots nous exposer les raisons pour lesquelles vous avez souhaité accompagner dans son expansion une jeune compagnie de théâtre contemporain : la compagnie Arata/Fabrice Murgia?

Nous avons fait connaissance avec Artara par le biais d’un des membres de notre personnel. Nous avons très vite décidé de répondre à sa demande d’accompagnement et avons signé un accord avec Artara en mars 2012, initialement pour trois ans, comme pour tout projet RSE que nous concluons avec un partenaire. Il s’agissait à l’époque de soutenir financièrement cette compagnie ‘start up’ pour un besoin précis : disposer de bureaux d’où gérer l’activité de la compagnie. Nous leur offrons également un soutien juridique pro bono.

En accompagnant Artara, nous accompagnons une compagnie belge innovante, qui est audacieuse et qui s’interroge sur notre existence et notre cohésion sociale. Artara décline admirablement les défis âpres de notre société et notamment, de façon très pratique, les défis linguistiques qui caractérisent notre pays et notre capitale. Ce sont des valeurs qu’Eubelius partage.

Au départ, comme la plupart de nos projets RSE, ce sont des liens interpersonnels qui nous ont fait nous rencontrer. La proximité joue un rôle essentiel. Ensuite, c’est une confiance réciproque qui s’est installée et qui entretient nos relations.

 

Le Cabinet que vous représentez repose sur une philosophie qui engage la valorisation de la notion de Responsabilité Sociale de l’Entreprise, pourriez-vous nous exposer outre ce principe, nous dire en quoi, il vous est apparu comme fondamental de vous inscrire dans ce que je nommerai une « éthique »  de l’entreprise? 

La Responsabilité Sociale de l’Entreprise (RSE) est une vision dynamique et ‘enracinée’ de l’entreprise. L’entreprise commerciale est un formidable outil pour générer de la croissance et du profit dans un monde globalisé. L’entreprise rassemble localement des hommes pour produire des biens ou des services. L’entreprise est inscrite dans un environnement naturel. Les anglo-saxons résument cela par trois P : People, Planet, Profit.

Si l’entreprise est exploitée exclusivement en vue du profit financier, elle aura probablement un coût social et/ou environnemental élevé. L’inverse est également vrai. Une entreprise sans souci de rentabilité ou au moins d’équilibre financier est une entreprise qui risque de faire payer sa négligence par son personnel, ses fournisseurs et son environnement. Les trois ‘P’ sont donc liés. Ils n’ont pas d’existence autonome.

Il n’est pas sain de n’envisager l’entreprise que comme une source de profits. L’expérience montre qu’en favorisant le facteur humain dans l’entreprise, en encourageant les initiatives individuelles et en cherchant à permettre à toutes ses parties prenantes de trouver dans l’entreprise une source d’épanouissement, l’entreprise s’enrichit durablement. De même, en cherchant à identifier et à réduire son empreinte environnementale, l’entreprise améliore le sentiment de tous ses membres de participer à un travail respectueux d’une nature fragilisée, ce qui aujourd’hui est devenu un vecteur important de la réputation de l’entreprise.

Eubelius s’inscrit depuis toujours dans cette logique « éthique » qui est aussi une logique payante, il faut le dire. Ce n’est pas facile, cela requiert un véritable investissement qui s’ajoute à notre activité quotidienne d’avocats d’affaires, mais nous pensons que cela favorise notre existence et notre succès, tant auprès des jeunes que nous engageons, qu’entre nos collaborateurs et entre les associés qui concrétisent ainsi leur souci d’excellence à tous points de vue, y compris par la contribution d’Eubelius à une société juste et durable. Finalement, c’est l’estime de nos clients qui augmente quand ils voient et partagent notre engagement.

 

Au Cassandre qui craignent que l’investissement privé ne coïncide avec le désinvestissement public de la culture, à ceux qui craignent que l’apport de fonds privés ne rime avec l’arbitraire et le diktat du sonnant et trébuchant, que pourriez-vous leur dire? 

Cassandre a bien des motifs de se lamenter. Nous avons l’impression d’assister de toutes parts à des effondrements. Nous prenons conscience de notre fragilité. Des barbares sont à nos portes et le fléau de l’argent frappe dans nos murs. Mais l’argent n’est pas qu’un fléau, c’est aussi un instrument qui permet nos échanges, qui nous aide à communiquer et à vivre libres.

L’investissement privé dans le domaine artistique répond à la volonté naturelle des acteurs privés d’assumer un rôle dans leur culture, fut-ce par l’argent qu’ils y investissent. Les choix exercés par ces acteurs privés sont orientés par leurs convictions de ce qu’est le beau et la relation de confiance qu’ils nouent avec l’artiste. Lorsque James Joyce écrit Ulysse, lorsque Robert Musil écrit L’homme sans qualité, ils bénéficient du support de mécènes privés. Pourtant leur œuvre n’est pas ce qu’on pourrait appeler de l’art convenu. Notre temps n’est, à cet égard, pas différent. La lutte pour faire exister le beau a toujours existé.

Lorsqu’Eubelius a décidé d’accompagner Artara, elle ne lui a remis aucun cahier des charges, elle n’a demandé qu’un échange et une modeste reconnaissance, ce qu’elle a largement reçu en retour.

Une entreprise doit toujours calculer ses engagements. Elle ne peut engager ses moyens pour le plaisir, contrairement à un individu dont la vie est rythmée par le plaisir dont il peut de temps en temps jouir. L’entreprise ne peut engager ses moyens qu’en vue d’objectifs qui lui sont assignés, comme dirait Max Weber.

Dans le domaine du mécénat, l’engagement de l’entreprise ne peut être rentable, c’est-à-dire procurer un enrichissement, que si l’artiste qu’elle soutient conserve la liberté qui lui permet de créer. L’enrichissement de l’entreprise consiste en l’estime que procure cet engagement en faveur d’un artiste, tant à l’intérieur de l’entreprise qu’autour d’elle. C’est en cela qu’il n’est question dans cette démarche ni d’arbitraire, ni de diktat du sonnant et trébuchant.

www.eubelius.be

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